L’actualité togolaise ces dernières heures reste marquée par une rencontre d’échanges entre le Chef de la diplomatie togolaise, Professeur Robert Dussey, et le Chef de la délégation de l’Union Européenne (UE), Gwilym Ceri Jones, que certains désignent abusivement par le vocable ‘convocation’.

Abondamment relayée par les médias nationaux et internationaux, l’entrevue entre les deux personnalités fait suite à une résolution adoptée le 10 septembre 2025 par le Parlement européen où il appelait Lomé à libérer les prisonniers politiques, dont Abdel Aziz Goma, disposant d’une double nationalité: Irlandaise et togolaise, condamné à 10 ans de prison en début d’année par la justice togolaise pour ‘destruction des biens publics et atteinte à la sûreté de l’État’.

Par cet acte, le Togo entend défendre sa souveraineté nationale et proclamer l’indépendance de son appareil judiciaire. En effet, le Togo considère la réaction de l’Union Européenne comme ‘une ingérence manifeste dans un dossier purement judiciaire et souverain’. ‘Dans un souci de réciprocité diplomatique, le chef de la diplomatie togolaise entend obtenir des explications claires sur le sens de cette démarche européenne et rappeler fermement que la justice togolaise s’exerce en toute indépendance, conformément aux lois nationales et aux standards internationaux’, précise-t-il dans un communiqué diffusé en masse par la presse.

Mais cette réaction de Lomé laisse plus d’un, notamment les analystes, perplexes. Comment un pays dont la survie et le fonctionnement de certains services de l’administration publique dépendent de l’aide financière et technique des institutions des pays membres de l’UE, notamment la GIZ et l’Agence Française de Développement (AFD) (pour ne citer que ceux-là), peut-il parler d’ingérence manifeste dans ses dossiers ? Peut-on être indépendant sur le plan judiciaire et dépendant financièrement et techniquement ? Comment un pays qui se réclame indépendant et souverain peut-il se sentir obligé de réunir les diplomates accrédités auprès de lui pour leur expliquer sa stratégie de gestion d’une crise socio-politique interne comme ce fut le cas le 04 juillet dernier à Lomé ?

On comprend simplement qu’en ce 21e siècle, où le mot d’ordre en Afrique semble être le panafricanisme, le Togo aussi tente de prouver aux yeux des autres nations qu’il dispose d’une souveraineté qui n’existerait en réalité que dans des discours et écrits. Être souverain, c’est être capable de financer sur fonds propres ses projets de développement. C’est parvenir à prouver aux partenaires que sans eux, le pays peut avancer.

Dans une tribune publiée le 16 février 2020 par le site du journal Le Monde Afrique, Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie, qui faisait le bilan de gouvernance de soixante ans d’indépendance des États africains, laissait entendre : ‘Si l’Afrique veut se décoloniser, elle doit sortir de la tutelle dans laquelle elle s’est installée’. Cette pensée illustre de la plus belle manière la situation qui caractérise les États africains qui espèrent prouver leur souveraineté nationale sans toutefois être en mesure de prendre en charge leurs propres destins.

Tant qu’en Afrique, les gouvernants et ceux qui rôdent autour du pouvoir ne comprendront pas la nécessité de bien gérer les deniers publics et d’en faire de véritables moyens pour le développement de leurs pays, espérant compter sur les aides des partenaires techniques et financiers pour se développer, qu’ils souffrent de recevoir aussi des ordres. L’esclave peut-il prétendre s’affranchir du maître tout en dépendant de lui financièrement ?

Somme toute, le Togo opte pour le buzz en voulant affirmer aux yeux du monde sa souveraineté nationale.

ATAKOJA Nyatepeto lsraël

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