Ce livre a été dédicacé ce mardi 17 juin à l’Université de Lomé. Dans cet ouvrage d’environ 300 pages, subdivisé en 13 chapitres, publié aux éditions L’Harmattan, l’auteur, Amouzou Essè Aziagbédé, professeur émérite en sociologie du développement à l’Université de Lomé et consultant d’organisations internationales basées en Afrique, dresse un réquisitoire contre la gouvernance politique en Afrique. Il met en lumière le détournement des deniers publics par les dirigeants, au grand dam d’une jeunesse en manque d’emploi.

Face aux conséquences d’une telle gouvernance politique, l’auteur se dit interpellé. ‘La situation de la jeunesse africaine en perpétuelle souffrance m’a interpellé. C’est ce qui m’a amené à écrire un ouvrage sur les pouvoirs politiques en Afrique noire et les illusions qui se trament derrière ces pouvoirs’, dit-il.

‘Cet ouvrage met en évidence deux contradictions fondamentales en Afrique noire : la dilapidation des fonds publics et leur expédition vers les pays nantis, et l’extrême souffrance d’une jeunesse en perpétuel chômage. Cette jeunesse est continuellement en quête d’emploi, et dans la plupart des pays au sud du Sahara, la misère a atteint un seuil à partir duquel l’émigration s’entretient elle-même. Le phénomène du chômage a pris une ampleur dramatique.

Les fonds envoyés dans les banques européennes, américaines et asiatiques sont, dans la plupart des cas, irrécupérables à la période post-mortem des dirigeants, alors que l’on pourrait bien mettre à profit ces capitaux pour la jeunesse qui est en crise d’emploi ici même en Afrique. Voilà ce qui entretient l’illusion de la réalité, a expliqué l’auteur.

Pour le professeur de lettres, Guy Kokou Missodey, critique littéraire qui a assuré la présentation de l’ouvrage, l’œuvre sort du cadre de la fiction littéraire et rend compte d’une réalité qui se vit : ‘Malheureusement, ici, il ne s’agit pas de fiction littéraire, puisque le corpus étudié est un phénomène au sens de fait observable et vérifiable, c’est-à-dire mesurable : des chefs d’État d’Afrique qui ont enrichi à hauteur de milliards de dollars des institutions bancaires européennes et américaines et qui, pour diverses raisons, n’ont pas été en mesure de restituer leurs biens aux populations pillées’, déplore-t-il.

Parmi les multiples détournements de fonds publics par les gouvernants du continent, documentés, l’auteur a fait de celui de l’ex-président nigérian Sani Abacha un cas d’école. ‘Il y a des cas concrets dont je ne peux pas tout énumérer, ni rentrer dans les détails. Vous prenez le cas du Nigeria où Sani Abacha a envoyé des milliards de dollars dans les banques européennes et américaines. Aujourd’hui, très peu de ces sous sont revenus au Nigeria. Ces fonds sont restés en Europe, et ce sont ces pays qui continuent de les utiliser, alors que nos jeunes filles et garçons ici se retrouvent dans l’ornière. Son seul cas suffit pour donner un exemple concret’, a expliqué le professeur émérite Amouzou Essè Aziagbédé.

Cet ouvrage d’ordre sociologique, selon le critique littéraire, professeur Guy Kokou Missodey, est une sorte de plaidoyer qui analyse d’une part les pouvoirs politiques en Afrique noire, avec en toile de fond le pillage des deniers publics et leur expédition vers l’extérieur, et propose d’autre part des pistes en tant que voies par lesquelles les sociétés pourraient faire justice pour pouvoir récupérer ces fonds pillés nécessaires à leur développement.

Pour ce professeur de lettres, le livre est d’une dimension pédagogique qui donne au ‘lecteur qui n’est pas un sociologue, qui ne veut pas s’adonner à une lecture sociologique’, la possibilité de comprendre qu’il faut changer de comportement et savoir que bien gouverner, c’est agir dans l’intérêt de tous. ‘D’ailleurs, les fonds volés ne sont même pas dans l’intérêt de celui qui a volé, et finalement tout le monde perd. Ce n’est que l’étranger qui gagne’, a-t-il expliqué en déplorant une situation fondamentalement et foncièrement absurde.

Jacob

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